Que l’on se dise de droite ou de gauche, dans les difficultés de notre époque ce ne sont pas les femmes et les hommes qui sont en cause, mais nos modes de fonctionnement…
« France profonde »,  « bon sens paysan », « gouverner c’est prévoir », ou plus récemment « travailler plus pour gagner plus », « une présidence ou un président normal », … autant d’expressions devenues familières que nous avons entendues, et qui pour beaucoup de Français résonnent encore comme une approche fédératrice de notre société.

Cependant, lorsque nous les utilisons comme il nous arrive de le faire au travers de discutions, de suggestions  concrètes devant des responsables politiques ou socio-professionnels,  très vite nous percevons une gêne, pour ne pas dire une barrière qui s’installe avec l’interlocuteur en charge de responsabilité, celui-ci devenant alors distant, voire fuyant…

Pourquoi de tels comportements ? Sans être passéiste, comment se fait-il que ce qui était une façon pragmatique et efficace d’aborder les problèmes il y a une trentaine d’années ne soit plus bonne aujourd’hui ?
Nos hommes et femmes politiques seraient-ils moins intelligents ou moins instruits qu’auparavant ?

Sans nul doute une des explications possibles à ce phénomène, c’est  la puissance de lobbys contraires  institutionnalisés. Que ceux-ci i interviennent localement, à Paris à Bruxelles et ailleurs.
Il se pourrait aussi  que, les cercles du pouvoir étant  majoritairement occupés par des femmes et des hommes issus des Grandes Ecoles, que « l’esprit de corps »  de ces  institutions imprègne, instaure, et nourrisse le lobbying dans ses aspects les plus négatifs. Effectivement nous connaissons tous par expérience combien la formation en général, bonne ou mauvaise, à une influence déterminante sur les comportements à postériori de ceux qui la suive…

Prenons  par analogie ou parallèle un  exemple que la plupart d’entre nous avons vécu ces dernières années pour traduire ce « mal être sociétal ».  Nous pourrions dire que nos deux derniers présidents de la République ont été élus sur la base du plus large dénominateur commun de leur rencontre avec les français pendant leur campagne présidentielle: sortir de la crise, et réduire les inégalités.  Le premier a gouverné comme le second gouverne dans les limites du plus petit dénominateur commun : éviter que la société implose.  Dans ces conditions,  rien d’étonnant à ce que leurs diverses politiques soient dénoncées,  rejetées par manque de crédibilité et absence de résultats… .Toute réforme de fond de notre pays devient dès lors quasiment impossible.

L’énergie atomique positive de Nicolas SARKOSY rarement égalée,  a été balayée par un ouragan de signes qui entraient en contradiction avec les valeurs de la société française…

Un certain rééquilibrage moteur de François HOLLANDE reconnu comme nécessaire par les Français par son élection, est mort né, parce que perçu dans la pratique comme un consensus mou, lourd, insupportable, et finalement  inefficace en période de crise…

Nous n’aborderons pas dans ce « billet » bien entendu un élément essentiel, qui sont les conséquences de tout acte politique(ou absence d’acte) dans un monde de transparence médiatique ou journalistique.  Pas plus que les changements d’attitude indispensables face à la montée en puissance des réseaux sociaux…

Amandio PIMENTA
Amandio PIMENTA

En définitive, à tort ou à raison aucun de ces deux présidents n’a eu les coudées franches pour mettre en œuvre son propre programme politique !  Est-ce normal dans un pays qui se dit démocratique ?

Face à  cette  réalité implacable, notre société doit se poser la question de la formation de ses élites,  de la juste place du lobbying dans l’antichambre du politique…

En tant que parents, combien d’entre nous qui fournissons par la formation  de nos enfants   en Grandes Ecoles des élites à la nation (Classes prépa, sciences po, HEC, ENA…), n’avons  pas été surpris par l’évolution de la façon de penser de nos jeunes lorsqu’ils reviennent à la maison  en fin de semaine.  Pour en avoir débattu avec  de nombreux chefs de famille  qui sont artisans ou issus des professions libérales, nous sommes frappés par le fait que pratiquement tous nous disent  qu’ils sont déconcertés,  de voir leurs enfants raisonner de façon abstraite, d’utiliser des « concepts tout faits » en décalage avec la vraie vie pour asseoir leurs raisonnements intellectuels. Qu’ils ont l’impression que leurs enfants rentrent dans un moule, que ce moule est un passage obligé pour progresser dans leurs cursus.  Même si ce moule est étroit car il ne prend pas totalement en compte la réalité de notre société.

Pour divers motifs, l’esprit de corps ou  corporatiste  a tendance à prendre le dessus sur l’esprit de la nation et de l’intérêt général par la prise en compte des réalités.  Les réseaux dominent  exagérément  les sphères du pouvoir, et cette situation fausse la grille de lecture de notre société.  Sans bon diagnostic, point de bons traitements !  La maladie continue de faire des ravages.  Atteinte par une forme de cancer notre société se meurt…

Former des élites pragmatiques, équilibrées, mesurées,  censées  administrer et adapter l’ensemble de notre société de  à son temps est un enjeu majeur.

A l’image de l’apprentissage que nous connaissons bien dans nos métiers, avec ses forces et ses grandes faiblesses actuelles, la formation de nos élites  en Grandes Ecoles subit en parallèle les mêmes décalages qu’il est urgent de corriger.  En effet le doute existe aujourd’hui sur la capacité de nos élites à reformer l’Etat, et notre société de façon républicaine.  La période que nous vivons en est un exemple flagrant.

Beaucoup de grandes avancées, de grandes constructions économiques, sociétales et sociales se sont faites après des guerres. Fort heureusement notre pays ne connait  plus de guerres physiques depuis plusieurs décennies. Mais depuis la fin des trente glorieuses il existe une autre forme de guerre, la guerre  économique.  Cette guerre économique ne se joue pas uniquement entre continents ou états, elle se fait aussi maintenant entre régions. La Bretagne nous a fait prendre conscience dernièrement  du  risque d’une guerre civile économique.  En Europe nous voyons de nombreuses régions plutôt riches, ne plus vouloir être solidaires des régions plus pauvres, en Espagne avec la Catalogne, ou en Italie avec le nord plus riche qui ne veut plus payer pour le sud…
Le combat sur la pensée de la chose publique en république n’a de sens et n’est accepté par notre société,  que s’il y a respect de toute la diversité intellectuelle, économique, et sociale de notre pays. Lorsqu’une partie de la nation se sent délaissée il y a grand danger.

Réformer nos modes de fonctionnement politiques et sociaux avant que la guerre économique ne les fasse exploser doit être une priorité de nos élites.

Si l’économie a besoin de confiance, la confiance a besoin de bonne politique. La stabilité politique et institutionnelle d’un pays  a besoin d’adhésion du  citoyen, le citoyen a besoin d’avoir confiance en ses hommes et femmes politiques !

Cette évidence républicaine, ce cercle vertueux  de la sphère politique est interrompu depuis trop longtemps, il est en train de briser le pacte républicain de notre France.  Le rétablir par la réforme du système et de certains modes de fonctionnement doit être une  priorité absolue. L’acuité de l’actualité politique, économique et sociale nous en fait tous les jours une démonstration écrasante.

 

Amandio PIMENTA, artisan boulanger
Meilleur Ouvrier de France